
Pourquoi lit-on au Québec ? Entre best-sellers, critiques et désintérêt, ce texte questionne notre rapport réel à la littérature. Dans sa correspondance avec l’abbé Casgrain, Octave Crémazie décrivait l’incapacité de la population d’apprécier les œuvres littéraires.
Si ces gens-là ne prennent pas la peine de lire les chefs-d’œuvre de l’esprit humain, comment pourrions-nous espérer qu’ils s’intéresseront aux premiers écrits de notre littérature au berceau?
Octave Crémazie
Il avance que le Québec de l’époque était une société d’épiciers, une société où les gens « ne savent, ne veulent savoir que ce qui peut rendre leur métier profitable. » Est-ce que la société actuelle est ainsi? Je pense qu’elle a évolué, mais qu’elle reste une société littéraire assez conservatrice. La littérature « populaire » est de loin la préférée du lectorat québécois, pas que étonnant Josée Boudreau et Jérémy Demay aient des best-sellers au Québec sans même avoir de bagage littéraire.
Ici, on regarde le nom de l’auteur pour choisir un livre, nul besoin de lire le quatrième de couverture. Des évènements comme la mort d’un auteur ou la journée nationale du livre québécois réaniment soudainement l’amour pour la lecture puis cet engouement s’estompe après un certain temps, comme la résolution du Nouvel An.
Les Québécois préfèrent les divertissements technologiques à la lecture et quand ils décident de lire, ils préfèrent des ouvrages qui parlent de leur sport préféré ou qui les aident dans leur emploi. Toutefois, la critique est beaucoup plus importante qu’en 1866, Crémazie faisait ce constat. Plusieurs émissions de télévision, émissions de radio, revues ont un segment dédié à la littérature.
[…] ils ne se trouvent aujourd’hui, dans le monde, aucun autre pays où la littérature soit aussi visible et célébrée dans l’espace public.
François Ricard, 2003
On défend nos valeurs et notre langue en discutant de littérature, mais est-ce qu’on prend vraiment le temps d’analyser l’œuvre ou lisonsnous uniquement ce qu’on a vu à Salut Bonjour le samedi matin lors de la chronique de Chrystine Brouillet pour pouvoir se qualifier de « lecteur ». Il y a beaucoup de personnes compétentes qui discutent, apprécient et critiquent. Cependant, il y a encore une partie du lectorat québécois qui ne lit que de la littérature «populaire» et refuse de lire des textes de plus de 300 pages.
En d’autres termes, je pense que le Québec est chanceux d’avoir des personnes cultivées pour pouvoir critiquer la littérature, il manque malheureusement de personnes pour écouter cette critique. Même si l’on ne vit plus dans une société d’épicier, la littérature de prédilection est une littérature dite « populaire ». Une majorité de Québécois n’est toujours pas portée à lire puis discuter des chefs-d’œuvre de ce pays; on préfère parler du dernier livre de notre vedette télé, si on l’a lu bien sûr.
On se contente parfois uniquement de leur critique qu’on a vu à notre talk-show préféré. On a néanmoins une très bonne critique, on aime bien critiquer au Québec! Cependant, ce travail est fait par de nombreuses personnes qui connaissent bien le milieu littéraire, mais il manque d’auditeurs. Au Québec, l’écrivain a bien changé. Il n’est plus nécessairement issu du monde des lettres, de la politique ou du milieu religieux. Il peut être à peu près n’importe qui et publier un texte sur à peu près n’importe quoi, et ce, grâce à la démarche d’édition actuelle qui permet à l’auteur de se faire publier même si le livre n’est pas destiné à un grand succès commercial.
La maison d’édition, la librairie et le distributeur ne feront pas faillite.
Cependant, les auteurs n’ont toujours pas une rémunération satisfaisante, peu sont capables de subvenir à leurs besoins uniquement par l’écriture. Ils espèrent que leur livre sera sélectionné dans une critique littéraire pour améliorer leur vente, avec un lectorat qui suit presque toujours la même tendance. À mon avis, la situation de l’écrivain au Québec s’est grandement améliorée, surtout pour l’écrivain amateur. Leur chance de se faire publier auprès d’une maison d’édition est beaucoup plus grande que dans le reste de la francophonie, on imprime énormément et des ouvrages différents.
Toutefois, la rémunération est mauvaise et on a peu d’espoir quant au succès, surtout quand il y a peu de visibilité. Si le but de l’auteur est de seulement partager son travail à la population, sans se soucier des ventes, le Québec est un paradis. Quant à ce qui concerne l’écrivain professionnel, la rémunération est un frein majeur. De plus en plus, les œuvres québécoises commencent à être attrayantes auprès du public, qui quand même, préfère les œuvres populaires étrangères.
Monographie
CRÉMAZIE, Octave. « Extrait de sa correspondance » in Oeuvres II, Paris, 1976. p.74-115
RIVARD, Yves. « Personne n’est une île », Éditions Boréal, Montréal, 2006. p.130-141
Revue
RICARD, François. « Après la littérature », L’inconvénient, volume 15, 2003, p.59-77
MARCOTTE, Gilles. « Instution et courants d’air », Liberté, volume 23, 1981. p.5-14
Fait à partir de la suggestion numéro 2